Journal canadien des entraîneures
purple_line.jpg (308 bytes) PATTI HOWES, escrime

Mon mari et moi sommes arrivés dans la vallée Annapolis, en Nouvelle-Écosse, en 1988.

Nous avions été membres de l’équipe d’escrime de l’Université Carleton où j’ai obtenu un baccalauréat en communications. Il y avait très peu d’escrime dans la vallée Annapolis. Si nous n’apprenions pas aux gens à faire de l’escrime, nous n’aurions personne avec qui pratiquer notre sport. C’est pour cette raison que nous avons fondé le club d’escrime Greenwood.

Nous n’avons jamais pensé à devenir entraîneurs car on ne pouvait pas être entraîneur professionnel à cette époque, comme c’est le cas aujourd’hui.Nous aimions le sport, c’est tout.


Patti  Howes

J’ai découvert par la suite que le travail d’entraîneure me plaît énormément. Il me permet de continuer à m’impliquer dans le sport et d’en découvrir une autre dimension.

Au début, c’était un passe-temps. Plus tard, j’ai commencé à me poser des questions. Quelles sont les raisons qui me motivent à être entraîneure et à prendre mon rôle au sérieux? C’est un mode de vie exigeant et pourtant, j’y tiens.

Nous sommes déménagés à Winnipeg en 1993. Mon mari est dans les Forces armées canadiennes et nous avons convaincu ses supérieurs de nous laisser fonder un club d’escrime. Le club a commencé avec huit escrimeurs et il en compte aujourd’hui 75. Au cours des sept dernières années, je suis passée d’entraîneure de Niveau 1 du PNCE 3M à un Niveau 4 en cours et j’ai travaillé comme entraîneure aux Jeux du Canada à deux reprises.

J’étais responsable d’un centre de télécommunications. Cet environnement est d’une intensité incroyable. C’est une grosse industrie en plein essor. Les récompenses sont toutes d’ordre matériel. On reçoit un boni et des incitatifs à la fin de la journée, mais est-ce qu’on se sent bien dans sa peau? Est-ce qu’on a eu une bonne journée? Je me sens très bien lorsque je reviens du camp de jour en été où j’ai enseigné l’escrime aux enfants pendant trois heures. Dans le monde des affaires d’aujourd’hui, les journées ont un début et une fin, enfin parfois, car grâce aux téléavertisseurs, on peut être rejoints 80 heures par semaine. Est-ce que ce genre de vie favorise le contact humain et procure la satisfaction d’avoir fait une différence dans votre vie et dans celle des autres?


" J’ai décidé de prendre un risque, de quitter mon emploi et de devenir entraîneure professionnelle à plein temps. "


Un jour, mes patrons m’ont dit que mon «passe-temps» nuisait à la croissance des affaires. J’étais heureuse lorsque je travaillais avec les athlètes, et les récompenses que cela m’apportait allaient au-delà de mon salaire. J’étais en contact avec les gens et j’étais plus heureuse dans mon passe-temps que dans la «vraie» vie.

J’ai pris un risque énorme en 1999. J’ai quitté ma profession afin de devenir entraîneure professionnelle à plein temps. J’ai reçu une subvention dans le cadre du Fonds de bourses d’études du flambeau olympique de Petro-Canada qui m’a permis de suivre des cours à l’Institut national de formation des entraîneurs du Manitoba et de travailler en vue de l’obtention de mon Niveau 4. C’est devenu ma vie. Je vais à l’école, je dirige mon club, je travaille à contrat pour divers organismes, je travaille pour le programme des Jeux du Canada et je commence à travailler avec des athlètes de haute performance. L’an dernier, j’ai accompagné un de mes escrimeurs au Championnat du monde junior.

Mon mari travaille encore à plein temps à son poste et il suit lui aussi des cours à l’INFE. Nous avons tous les deux comme objectif de devenir entraîneurs de haute performance. Je ne sais pas ce que font les gens dont le conjoint ne travaille pas dans le sport, car les gens qui ne travaillent pas dans le sport ne peuvent pas vraiment comprendre notre choix de carrière. Notre carrière est notre vie. Mon téléphone sonne à toute heure. J’éteins des feux, j’essaie de régler le prochain problème ou de communiquer avec un autre entraîneur ou un athlète, et c’est excitant. Les journées sont toutes différentes et posent toutes un défi. On fait affaires avec des gens, on aide et on conseille des gens, et on fait la différence.

L’encadrement sportif est une question d’objectifs, de corps sains et d’esprits sains, et de gens qui deviennent efficaces. Les gens les plus efficaces sont ceux qui savent établir les priorités dans la vie, réaliser leurs objectifs et trouver un équilibre dans la vie. On est toujours à la recherche de la performance idéale et de la meilleure performance à vie et, pour réussir, il faut contrôler à la perfection tout ce qui nous entoure et ce que nous sommes. Il n’y a rien dans le monde des affaires qui peut se comparer à une entraîneure et vous aider à atteindre vos objectifs.

Qu’elle soit positive ou négative, l’expérience est réelle. C’est ce qui contribue à la passion et au dynamisme du sport. On sait que l’on verra chaque jour le meilleur et le pire de l’expérience humaine, et tout ce qui se situe entre les deux.

Les entraîneurs et entraîneures n’ont jamais des heures de travail normales, mais cela commence aussi à être la norme dans toute la société. Je travaille pendant que les gens s’amusent, les soirs et les fins de semaine. Le jour, je fais mes devoir et autres activités. Mes filles, qui sont âgées de 10 ans et de huit ans, sont habituées à notre mode de vie.

Je suis devenue entraîneure peu avant la naissance de mes filles. Pendant cinq ans, je suis restée à la maison, sauf pour travailler comme entraîneure quelques soirs par semaine et le samedi. Mon mari avait un emploi qui me permettait de le faire. Lorsque la plus vieille est entrée à l’école, j’ai augmenté mes heures comme entraîneure pour finalement revenir sur le marché du travail. J’ai pu travailler comme entraîneure parce que j’avais un environnement familial stable qui soutenait mes efforts. Mon mari m’appuie dans mon travail afin que les filles sachent que c’est ainsi que la vie se passe.

Mes parents contribuent à la stabilité de mon environnement. Mon père dit que lorsqu’on aime ce que l’on fait, ce n’est plus du travail. J’aime cette pensée et j’y réfléchis souvent. Combien de gens se rendent au travail en short et en t-shirt, font rire et sourire les autres, et aident des gens à atteindre leurs objectifs? C’est un emploi de rêve pour moi.

Mes filles ne trouvent pas bizarre du tout que je veuille être entraîneure. C’est mon métier et c’est normal pour elles. Un bulletin affichant toutes les professions était en montre dans un magasin où j’achète ce dont j’ai besoin pour travailler avec mes athlètes. La profession d’entraîneure n’y figurait pas. La passion de ma vie n’existe pas encore dans le courant dominant de la société. Cela ne me dérange pas car la passion consiste en partie à savoir que l’on fait quelque chose que certaines personnes ne veulent pas faire. C’est important que mes filles le voient.

Les filles comprennent que je dois parfois voyager pour mon travail. Elles me manquent et je m’ennuie d’elles; nous vivons toutes les émotions d’être loin les unes des autres, mais le plus important, c’est qu’elles sachent que j’aime ce que je fais. Je veux qu’elles sachent que bien qu’elles jouent un rôle de première importance dans la vie, je suis un être humain qui a une vie indépendante d’elles et que, lorsqu’elles quitteront la maison, je continuerai à faire ma vie. Je suis une mère, une entraîneure et une épouse. Je fais beaucoup plus qu’être une mère. Je veux que mes filles apprennent qu’on peut être une mère mais qu’on peut aussi être soi-même.

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